
mon coeur trépasse dans la poitrine d’un autre et dans notre lit, vidée, je me suis rabattue sur ton corps. doucement, la mélancolie a pénétré mes yeux endormis, elle a fait coulé une larme. je l’essuie mollement, parce qu’il est trop tôt pour cacher ce genre de faiblesse. tes yeux bleus comme une ecchymose donnée depuis peu sont fermés. ton corps s’élance et soudain, s’immobilise. j’ai toujours admiré la manière dont tu te donnes à l’émotion. tu la laisses te secouer sans résistance. elle te prend comme un orgasme, un vrai. l’émotion ne m’enveloppe jamais, comme toi, elle me rejette. l’encre qui colore joliment ton torse donne l’impression dans la pénombre qu’un énorme trou perce ta chair. si on vous voulait être plus précis, on chuchoterait que ta cage thoracique semble ouverte. nouvelle cavité à remplir. j’aurais envie, pendant que personne ne regarde, de m’agenouiller sur notre matelas et d’enfouir mes secrets les plus immondes en toi. besoin d’expulser mon mal. je me traîne jusqu’à toi. ne me repousse pas cette fois-ci. je t’en supplie. il fait si froid à l’intérieur de moi. couchée contre toi, les jambes ramenées sur ma poitrine, je chante des mélodies disparues, essayant d’ignorer les hurlements qui montent sur mes cordes vocales. ta main sur ma gorge, posée là par inadvertance, vole mon souffle. je te laisse faire, ça t’aidera à me supporter.